
Markus Eckstein, Goldach
Ancien professeur d’économie politique à la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW), avec divers mandats professionnels, diplomatiques et politiques
L’abandon de la neutralité n’est qu’une des nombreuses absurdités masochistes de notre politique extérieure, depuis qu’elle ne se réfère plus aux intérêts concrets des Suisses, mais s’aligne sur des valeurs atlantiques ou «woke». À l’époque d’une politique étrangère conservatrice, on disait: un ministre suisse des affaires étrangères se tait dans quatre langues. Ou: la Suisse n’a pas de politique étrangère, seulement une politique économique extérieure.
L’intérêt suisse était défini comme suit: des relations pacifiques avec le monde entier, la liberté globale de voyager, de nouer des contacts, de commercer et d’exercer des activités économiques pour les Suisses – le tout accompagné de bons offices et d’aide humanitaire. Pas de participation à des boycotts motivés politiquement, mais prévention des opérations de contournement par le respect d’un «courant normal».
Pour imposer une politique étrangère d’inspiration international socialiste, il a d’abord fallu discréditer la Suisse conservatrice, en la présentant comme dépassée, immorale, non solidaire et hors du temps.
Cela s’est produit dans le sillage de la Commission Bergier.
Deux figures emblématiques du démantèlement de la neutralité confirment pourtant l’utilité de celle-ci. Le politologue Prof. Christoph Frei a reconnu que la Suisse avait énormément profité de sa neutralité. Alors pourquoi veut-il l’abandonner? Encore plus masochiste est la justification de notre écrivain Adolf Muschg: nous devons enfin avoir le droit d’être coupables.
Notre élite, animée par des ambitions internationalistes, a toujours souffert de ne jouer aucun rôle dans une Suisse neutre. Elle veut bavarder sous les projecteurs, dans les organisations internationales, les conférences et sur les podiums et répète en boucle les reproches des critiques étrangers de la Suisse: la neutralité suisse serait dépassée, incomprise, et le droit de la guerre de La Haye (toujours en vigueur) serait une plaisanterie.
Et pourtant, nous ne demandons qu’à être laissés en paix et à vivre en harmonie avec tous. Si tout le monde était aussi pacifique, le monde serait un paradis. Devons-nous nous en excuser?

